Fonderie du Val d’Osne – Belle paire de statues aux indiens en fonte

Fonte

Dimensions des statues : Homme : H 175 cm; L 58 cm Femme : H 175 cm ; L 53 cm

Dimensions du socle : Homme : H : 89 cm / L : 52 cm Femme : H 85 cm ; L 52 cm



Cette paire de statues en fonte représentant deux Indiens d’Amérique du Nord a été réalisée par la Fonderie du Val d’Osne à la fin du XIXème siècle.




L’homme aux muscles saillants et au nez aquilin tient dans sa main gauche un éventail de plumes (dont un petit bout est manquant) tandis qu’il soulève de son bras droit le manche destiné à accueillir la torchère. Cet homme, à la posture à la fois fière et nonchalante, semble toiser celui qui lèvera les yeux pour le contempler.




La femme, qui adopte la même posture que son double masculin et porte également un éventail de plume dans sa main droite, est vêtue d’une draperie qui exhibe sa poitrine et sa gorge mises en valeur par quelques bijoux ornés de perles et de coquillages.



L’homme et la femme portent un bracelet de bras, respectivement au bras droit et au bras gauche. Les détails sont particulièrement soignés, puisque l’accessoire semble gravé de motifs géométriques. La pose de ces deux statues au mouvement de hanche appuyé leur confère un certain réalisme que renforce la qualité des détails. Notamment, les plis des draperies ou encore des côtes sous le bras gauche de la femme sont restitués avec une grande précision.


Catalogue de vente, Société du Val d'Osne


Catalogue de vente, Société du Val d'Osne


Ces deux statues ont été réalisées par la fonderie du Val d’Osne. On retrouve dans les catalogues de vente de la société les modèles de ces sculptures, avec des variations de socles et de torchères. Sur l’une de ces pages de catalogue, nous pouvons retrouver le modèle d’une paire de chenets en fonte de fer et bronze doré aux sphinges inspirés d’Eugène Frédéric Plat (1827-1903), datant de la fin du XIXème siècle et également disponible sur notre site. Les illustrations des statues d’Indiens d’Amérique du Nord se démarquent des autres modèles proposés par la fonderie, d’inspiration antique, rendant ces statues d’autant plus originales. Elles évoquent un certain exotisme par leur sujet bien que celui-ci s’exprime dans une forme occidentalisée, puisque les corps et les drapés rappellent les modèles classiques des sculptures de la même période.

Au cours du XIXème siècle, la littérature française est de plus en plus empreinte d’un imaginaire américain. Au début du siècle, Chateaubriand effectue un voyage en Amérique qui se traduit par des ouvrages imprégnés des grands espaces du continent. De manière générale, la littérature française dépeint l’Indien comme un être proche de la Nature et associe les vastes étendues de terre à une certaine idée d’utopie. D’autres voyageurs reviennent avec des récits offrant un éclairage sur la société américaine, et notamment sur la situation des Indiens. Peu à peu les distances entre les deux continents sont raccourcies grâce aux progrès techniques. Nous pouvons relever la création de la première ligne régulière transatlantique de bateau, peu avant la deuxième moitié du XIXème siècle, réduisant la durée du voyage à quelques semaines et entraînant une augmentation des échanges et des ouvrages sur le sujet. En 1866, le premier câble télégraphique sous marin intercontinental est posé. Parmi les auteurs qui influencent l’image de l’Amérique du Nord en France, nous pouvons citer Gabriel Ferry (1809-1852), Louis de Bellemare de son vrai nom. Celui-ci connaît bien le sud des Etats-Unis, qu’il décrit avec beaucoup de détails en insistant sur l’exotisme des mœurs. Il est le pionnier du genre du roman de Far West, où se mêle grands espaces, aventure et lutte pour les territoires. Ces ouvrages du XIXème siècle marquent l’imaginaire français, en particulier l’iconographie des Indiens, et inspirent la création de sculptures semblables à ces deux statues de la fonderie du Val d’Osne.

La fonderie d'art du Val d'Osne, Galerie des modèles.

La société du Val d’Osne est une fonderie d'art créée en 1835 par Jean Pierre Victor André, inventeur de la fonte de fer d'ornement, pour fabriquer du mobilier urbain notamment. Tandis que ses ateliers se trouvaient au Val d’Osne en Haute Marne, son siège social ainsi que son magasin d’exposition se situaient au 58, boulevard Voltaire, dans le 11ème arrondissement de Paris. A sa mort, son neveu, Hippolyte André (1826-1891), reprend l’affaire. L’importance de la fonderie est telle qu’elle ne tarde pas à absorber les sociétés concurrentes comme André, Barbezat et Ducel. Elle devient ainsi la plus importante société en matière de fonte d’art en France. Réputée auprès de ses contemporains notamment grâce à ses fontaines monumentales, ses statues et grands groupes en fonte de fer réalisés d’après des modèles antiques classiques ou des modèles contemporains, la fonderie obtient plusieurs médailles lors des expositions des produits de l’industrie française. Elle reçoit une médaille de bronze en 1834, une médaille d’argent en 1839, des médailles d’or en 1844 et 1845. Elle participa également aux Expositions Universelles de Londres en 1851, de Paris en 1855, de Santiago en 1875, de Melbourne en 1879, à celles de Paris en 1878, où elle est récompensée du Grand prix et de deux médailles d’or, 1889 (hors concours et membre du jury) et 1900 (hors concours et membre du jury). Elle réalise cette même année les quatre grands ensembles en bronze doré du pont Alexandre III. Les catalogues de vente de la société nous permettent aujourd’hui d’apprécier la richesse des objets d’art qu’elle produisait ainsi que de constater ses diverses sources d’inspiration. Car ce qui a fait la renommée de la maison, ce sont aussi ses fréquentes collaborations avec les plus grands artistes de l’époque parmi lesquels Carrier-Belleuse, Mathurin Moreau, Pradier et Eugène Piat.

Renommée (la Guerre), Pont Alexandre III, Paris, 1900, Val d'Osne.



Cette paire de statues en fonte représentant des Indiens d’Amérique du Nord est particulièrement intéressante par son originalité iconographique et sa qualité de réalisation. Oeuvre de la plus grande société de fonte d’art en France, elle témoigne de l’intérêt croissant des Français pour les Etats-Unis à la même époque et de l’imaginaire collectif de ce Nouveau Monde.


Style Charles X

Le style Charles X, qui s’étend de 1818 à 1834, marque le règne de Charles X, comte d’Artois, sous la Restauration. Ce style se caractérise par l’assouplissement des formes du style Empire, les meubles présentant plus de courbes, et l’utilisation de bois clairs et indigènes tels que le l’érable blond ou moucheté. Les dimensions diminuent également afin de s’adapter aux appartements plus petits. Le confort devient un critère essentiel dans la fabrication des meubles.
Ce style suggère également le faste monarchique à travers des décors en bois foncé incrustés et une marqueterie raffinée en vogue. Les attributs militaires et mythologiques utilisés sous l’Empire sont délaissés pour des motifs fins de palmettes ou de rinceaux.
Ce style, qui reprend certains codes du style Empire tout en s’en détachant permet une transition vers le style Louis-Philippe, dont la richesse esthétique rompt définitivement avec le néoclassicisme et la sobriété de l’Empire. Par exemple, le « style à la cathédrale », qui commence avec le style Charles X, connaîtra un véritable engouement avec le style Louis-Philippe.

Louis-Robert Carrier-Belleuse

Louis-Robert Carrier-Belleuse (1848-1913) est un peintre, sculpteur, céramiste et bronzier, fils du sculpteur de grande renommée Albert-Ernest Carrier- Belleuse. Après une formation académique à l’Ecole des beaux-arts de Paris, il démarre au Salon de 1870 en tant que peinture, puis, à partir de 1889, également en tant que sculpteur.

Parallèlement, Louis-Robert Carrier-Belleuse entame une carrière de céramiste auprès de Théodore Deck qui l’initie à ce procédé dès 1877. Il travaille à la Manufacture de Sèvres, où son père est le directeur des travaux d’art, puis à la Faïencerie de Choisy-le-Roi, dont il devient le directeur artistique en 1889.

Si Louis-Robert fut surtout réputé de son vivant pour ses tableaux, dont certains se trouvent aujourd’hui dans les musées français, ses œuvres en céramique sont sûrement la part de son œuvre la plus originale. Il fait ainsi des putti sculptés en relief, grâce au procédé de la « pâte sur pâte », dans des représentations fantasmagoriques, sa spécialité.

Le Cristal

Le cristal, ou cristal industriel, est un type de verre dont la forte teneur en plomb lui confère de nombreux avantages autant techniques qu’esthétiques qui ont contribué à en faire la forme noble du verre.

Le cristal est en effet réputé pour son éclat, sa transparence et sa sonorité particulière qui en font un matériau très prisé depuis sa découverte au XVIIème siècle. Un siècle plus tard, le cristal de Bohême amèna véritablement la notion d’art de la table avant que la France, dès la fin de ce même siècle, n’en fasse la marque de fabrique de son élégance autant enviée qu’appréciée.

La maison parisenne Escalier de Cristal, notamment, contribua à mettre ce matériau au goût du jour en proposant l’alliance inédite du bronze et du cristal. La création française se concentra surtout dans le nord-est de la France. C’est là que naquirent la cristallerie de Saint-Louis ou encore la cristallerie Baccarat ainsi que l’Ecole de Nancy autour d’Emile Gallé.

Extraordinaire plaque de cheminée aux armes de Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay

Fonte

Hauteur : 110 cm ; Longueur : 117cm ; Profondeur : 5 cm

Dernier quart du XVIIème siècle, France.



Cette extraordinaire plaque de cheminée à décor d’un écusson ailé présente les armes de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, fils du ministre de Louis XIV. Le blason est orné, en son centre, d’une couleuvre – ou bisse – ondoyante et dite « en pal », ce qui signifie qu’elle est représentée dressée sur sa queue.






Le pourtour du cartouche, décoré de coquilles, n’est pas un simple élément d’ornement, il s’agit en réalité du collier de l’Ordre de Saint-Michel, ordre de chevalerie fondé à Amboise en 1469 par Louis XI. Il supporte en effet un médaillon sur lequel l’archange est représenté en train de terrasser le dragon. Lorsque le futur roi séjourna à la cour du duc de Bourgogne, il fut impressionné par le faste et le prestige de l’Ordre de la Toison d’Or qui permettait à ce dernier de s’assurer les faveurs de nombreux princes. Louis XI, devenu roi, créa ainsi l’« ordre et aimable compagnie de monsieur saint Michel ». La figure de l’archange qui ornait les étendards royaux depuis Charles VII était une réponse à l’annexion de Saint Georges par les Anglais. Le célèbre mont avait par ailleurs résisté à toutes les agressions anglaises pendant la guerre de Cent Ans. Louis XIV réforma l’Ordre royal par le biais de deux textes en 1661 et 1665, de sorte qu’il ne restât plus qu’une centaine de chevaliers nobles ayant exercé une fonction militaire ou judiciaire pendant au moins dix années. Le collier, tombé peu à peu en désuétude, fut complètement ignoré dans la réforme du roi mais survécut dans le domaine héraldique ainsi qu’en atteste notre plaque de cheminée.



Jean-Baptiste Colbert de Seignelay était en effet membre de l’Ordre de Saint-Michel mais également de l’Ordre du Saint-Esprit, fondé plus d’un siècle après le précédent. Il fut créé par Henri III, roi de France et de Pologne, en décembre 1578. L’Ordre visait à fortifier la foi et la religion catholique, à restaurer le royaume, à raffermir les liens avec la noblesse et à pallier la décadence de l’Ordre de Saint-Michel. Les chevaliers du Saint-Esprit étaient d’ailleurs faits chevaliers de l’Ordre de Saint-Michel avant leur réception, ce qui leur conférait le titre de « chevaliers des ordres du roi », la croix du Saint-Esprit était, pour cette raison, ornée au revers de l’image de Saint-Michel. L’avers de cette croix est représenté sur notre plaque de cheminée : il s’agit d’une croix à huit pointes pommetées comportant une fleur de lys à chaque angle et représentant la colombe du Saint-Esprit. D’autres éléments du collier sont visibles sur la plaque : le « H » couronné en référence à Henri III, la fleur de lys ou encore des militaria. Les chevaliers avaient en effet pour habitude de présenter, sur leur écusson, le collier de l’Ordre de Saint-Michel entouré de celui de l’Ordre du Saint-Esprit.



Le blason de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay est visible sur une gravure conservée au Musée Carnavalet à Paris. Il s’agit d’un portrait du marquis par Pierre Mignard inséré dans un médaillon orné de l’écusson à la bisse, à la couronne et aux colliers des Ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit.


Pierre Mignard, Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Seignelay, estampe de Gérard Edelinck (Anvers, 1640 - Paris, 1707, graveur), Musée Carnavalet, Paris.

Sur notre plaque de cheminée, l’écusson central supporte également la couronne de marquis ainsi qu’une paire d’ailes. Il est sommé de rameaux d’olivier dit « fruité » (représenté avec ses olives), symbole de sagesse de gloire et de triomphe. De part et d’autre de l’écusson se déploient des rinceaux végétaux, des fleurs et des volutes. Une tête de chien portant un large collier clouté et une tête de cheval sont représentées en gaine. Ces dernières, à enroulements, sont couvertes de feuilles d’acanthe. Les têtes supportent une corniche architravée, ornée d’une pomme de pin et chargée de divers attributs : des livres, symbole du savoir mais également des feuilles de parchemin qui font songer à des cartes géographiques ainsi qu’un compas. Le marquis de Seignelay fut en effet, dès 1672, admis auprès du roi pour assister son père dans les affaires de la marine notamment. Au décès de ce dernier, il lui succéda comme secrétaire d’Etat de la Marine de Louis XIV, fonction qu’il devait occuper jusqu’à sa mort en 1690. Il acheva et signa le Code noir commencé par son père et assura la puissance de la marine française. Il participa au bombardement de Gênes en 1684, à la bataille du cap Béveziers en 1690 et avait été nommé ministre d’Etat en 1689.


D'après Jean Bérain, Tenture des Attributs de la Marine, 1689-1692, Musée du Louvre, Paris.



Réputé pour son goût du luxe, il est à l’origine d’une sublime tenture aux attributs de la marine en six pièces, deux portières et quatre entrefenêtres conservée au musée du Louvre. Il s’agit de l’une des tentures les mieux documentées du règne de Louis XIV et de l’une des rares œuvres qui puissent être reliées à l’œuvre de Jean Berain. Colbert de Seignelay lui avait déjà demandé, en 1685, d’organiser la fête qu’il donnait en l’honneur du roi dans son château de Sceaux. La tenture fut commandée pour ce même château et tissée de 1689 à 1692, elle revint donc à la veuve du marquis, Catherine-Thérèse de Matignon-Thorigny.


Notre extraordinaire plaque de cheminée est reproduite dans l’ouvrage de Henri Charpentier « Les Plaques de cheminées » ainsi que dans celui de Philippe Palasi « Plaques de cheminées héraldiques ». Il n'existe que deux autres exemplaires connus de notre plaque : le premier est conservé au Musée Carnavalet à Paris et le second au château de Sceaux.