Le marbre Bleu fleuri

Loué pour la fraîcheur de son teint, le marbre Bleu Fleuri offre une variété de nuances du gris au bleu ciel. Il s’agit d’un marbre recherché dont les veines prennent également des formes diverses selon la coupe du marbre. Parfois d’un noir profond, ces veines font alors valoir la subtile couleur bleue de la pierre.

D’un bleu plus rare que le Turquin, il a été particulièrement prisé au XIXe siècle pour la création de cheminées. Ce sont en effet des cheminées Pompadour, de styles Louis XIV ou Louis XVI, réalisées au XIXe siècle, qui permettent le plus souvent d’admirer ce marbre. Il est mis au goût du jour par Napoléon Ier, qui choisis une cheminée de Bleu Fleuri pour orner ses appartements au Château de Compiègne.

Le marbre Bleu Fleuri provient principalement des carrières de Seravezza en Toscane, carrière qui fournit les plus beaux des marbres, dont le fameux marbre Blanc de Carrare.

 

L’exceptionnelle cheminée monumentale provenant du Château de Montgeon attribuée à Edmond Lechevallier-Chevignard

 

Pierre

Dimensions : H : 4,20 m ; L : 3,10 m ; P : 98 cm.

Provenant du Château de Montgeon, Le Havre.

Vers 1870.





Arborant un manteau imposant où une Muse apprend à jouer de la vielle à un ange musicien, cette cheminée monumentale était installée au rez-de-chaussée du Château de Montgeon, au Havre. Elle a été réalisée sur le même modèle que la célèbre cheminée du salon Biencourt au Château d’Azay-le-Rideau, connue pour la belle salamandre qui orne son manteau. Les deux ont été réalisées au XIXe siècle et sont ainsi des réalisations du style Néo-Renaissance, ce qui permet d’attribuer la cheminée que nous présentons au même artiste qui dessina la cheminée d’Azay-le-Rideau.



 
Médaillon central de la Cheminée de Montgeon


Une cheminée Néo-Renaissance à l’instar d’Azay-le-Rideau


Le "Salon des marquis de Biencourt" au Château d'Azay-le-Rideau,
reconstitution du Salon au XIXe siècle par le Centre des monuments nationaux et le Mobilier national.


Construit au XVIe siècle, le célèbre château semblant flotter sur l’eau, élevé sur une île au milieu de l’Indre, a attendu le XIXe siècle pour recevoir la cheminée à la salamandre. Il s’agit en effet d’une cheminée installée par les marquis de Biencourt, qui entreprennent des travaux d’harmonisation esthétique, afin de conserver le charme du style Renaissant. C’est pourquoi la salamandre y est arborée, alors que le Château d’Azay-le-Rideau n’a en réalité jamais été la demeure de François Ier, qui en fit cadeau à ses fidèles.

La cheminée monumentale du salon des marquis de Biencourt a un large trumeau en pierre sculptée, soutenue par des colonnes aux chapiteaux corinthiens. Le bandeau est sculptée d’une frise, au dessus de laquelle trône un grand médaillon orné de la Salamandre de François Ier, encadrée de deux pilastres corinthiens. La structure générale de cette fameuse pièce du patrimoine national est la même que celle qui fut adoptée pour la cheminée du Château de Montgeon, et leur ressemblance est frappante.

A gauche : cheminée du Salon des marquis de Biencourt avec son décor peint, Azay-le-Rideau, carte postale ancienne. A droite : cheminée du Château de Montgeon, pendant la démolition du château.
 

En effet, le dessin de ces deux cheminées est identique dans son architecture, depuis la forme des corniches jusqu’aux moulures carrées qui encadrent le médaillon. Les différences se trouvent dans les choix ornementaux : les chapiteaux des colonnes ne sont ainsi pas les mêmes, ni le motif des frises. Les pilastres panneautés sont sculptés de rinceaux à Azay-le-Rideau, tandis qu’ils sont lisses à Montgeon. Enfin et surtout, le médaillon ne représente pas le même sujet. Cependant ces différences tiennent de l’adaptation d’un modèle de cheminée Néo-Renaissance à deux commandes différentes : les proportions ont ainsi été définies en fonction de chacune des deux pièces, et les ornements en fonction des souhaits du commanditaire.

Il paraît ainsi évident que la cheminée de Montgeon ait été réalisée d’après le modèle d’Azay-le-Rideau. Cependant, cette dernière ayant été réalisée par un décorateur du XIXe siècle, actif dans plusieurs châteaux et églises de France, il semble tout à fait probable que la cheminée que nous présentons ait été commandée au même artiste. Nous aurions ainsi l’honneur de présenter une rare pièce de l’artiste spécialiste du style Néo-Renaissance, Edmond Lechevallier-Chevignard.

 

 

Edmond Lechevallier-Chevignard (1825-1902), un passionné du XVIe siècle

 

 



Edmond Lechevallier-Chevignard, né à Lyon en 1825, s’est formé en peinture auprès du peintre troubadour Delaroche, et a multiplié ses activités : il est illustrateur des costumes traditionnels français, auteur d’un ouvrage d’histoire des styles, peintre, et enfin décorateur. Passionné par le XVIe siècle, il a laissé un certain nombre de cartons pour des vitraux et des tapisseries, ainsi que des gravures, des tableaux et des décorations intérieures.

Edmond Lechevallier-Chevignard, Le Bénédicité, 1859.


Dès son tout premier envoi au Salon de peinture en 1859, il peint dans Le Bénédicité une cheminée monumentale qui ressemble déjà à celles qu’il aura l’occasion de réaliser plus tard.



En effet, en 1864, George de Montbrison, qui partageait sa passion pour l’art de la Renaissance, lui confia la décoration entière de sa demeure, le Château de Saint-Roch.

« Cheminée, plafond, parquet, boiseries, meubles, tout devait être exécuté sur ses dessins et sous sa direction unique », rapporte Georges Duplessis dans La Revue des Arts Décoratifs, en 1880. La cheminée de Saint-Roch ressemble à celle qu’il imaginait dans son tableau : avec des faunes soutenant le bandeau, et un large médaillon encadré dans un panneau pouvant accueillir un décor peint.

Terminé en 1869, cet extraordinaire travail lui permet de dessiner d’autres intérieurs, dont le salon des Biencourt à Azay-le-Rideau, la cheminée du Château de Chaumont, ainsi que la Bibliothèque du duc de Chartres (commandée en 1875), la grande salle de l’hôtel de ville de Châteaudun (1881-1891), et les travaux commandés par le duc d’Aumale pour le Château de Chantilly (1877-1893).

Peintre de formation, il assure la décoration peinte des cheminées qu’il fait exécuter, c’est pourquoi à Azay-le-Rideau comme à Saint-Roch, il laisse une surface lisse autour du médaillon, destinée à recevoir sa peinture.

 
Cheminée du Château Saint-Roch, photographie d'époque par Edmond Lechevallier-Chevignard, vers 1864.

Edmond Lechevallier-Chevignard est ainsi devenu dès 1870 un décorateur en vue pour les propriétaires de demeures aristocratiques à travers la France. C’est pourquoi  notre cheminée, dont le style concorde parfaitement aux cheminées de Saint-Roch et d’Azay-le-Rideau, peut être attribuée à Edmond Lechevallier-Chevignard. Le Château de Montgeon est en effet la propriété d’une famille aristocratique ancienne, comme ses autres commanditaires.

 

 

Une œuvre patrimoniale du château de Montgeon

 


Élevé sur l’ancienne commune de Rouelles, aujourd’hui sur le territoire du Havre, le Château de Montgeon est en toute vraisemblance construit vers 1700 par la famille de Georges Le Roux, conseiller au parlement de Rouen et seigneur du Bocage. La famille Le Roux avait acquis en effet des terres voisines, le fief de la Bouteillerie, en 1531, sur lequel s’élève encore le manoir de la Bouteillerie, à un kilomètre du Château de Montgeon.
Ainsi, la fille de Georges Le Roux, Marie-Anne Le Roux de Montgeon (1710-1792), naît au château en 1710, et épouse en 1729 Marie-Hyacinthe de Cavelier, lui-même  descendant de la très ancienne famille des Cavelier.

Le couple vit à la propriété et fonde une famille qui y résidera jusqu’au XXe siècle. Leur petit-fils, Amédée (1791-1858), acheta la forêt de Montgeon et fit agrandir le château en apposant sur les armes des Cavelier de Montgeon sur le fronton. La cheminée du Château de Montgeon a pu être commandée par Firmin de Cavelier de Montgeon (1815-1882), ou par son fils Albert (1848-1929), les deux hommes ayant pu avoir vent du succès d’Edmond Lechevallier-Chevignard et souhaité orner le château familial d’une de ses belles créations.

 
Fronton du château aux armes des Cavelier de Montgeon, d’azur à trois croissants  d’or.
La cheminée in situ dans le Château de Montgeon après l'incendie ayant détruit près de 80% du château original.
 

Le château est par la suite devenu propriété de la ville du Havre en 2001 mais fut malheureusement victime d’un violent incendie qui conduisit à sa destruction complète en 2009. Au moment de démonter cette impressionnante cheminée, l’équipe de la Galerie Marc Maison entre dans les ruines du château et ne peut que constater les dommages irréversibles du feu. Quelques rares éléments ont été épargnés par les flammes dont la cheminée rendant possible la sauvegarde de cette importante pièce patrimoniale.


La surprise est de mise lorsque, l’équipe ayant enfin pu déposer les dernières pièces de la cheminée, des dessins au fusain apparaissent au mur ! Les chapiteaux à feuilles d’acanthe, les colonnes et des bases moulurées de la cheminée sont ici dessinées, ce qui est tout à fait rarissime et atteste d’un réel travail de sculpture sur mesure, œuvre d’un sculpteur de talent.

Les dessins des chapiteaux et colonnes de la cheminée sur les murs du château.
 
 
 
 

Pierre-Joseph Guérou

Pierre-Joseph Guérou, peintre de fleurs de la Manufacture de Sèvres, est connu pour avoir exécuté la décoration du serre-bijoux de l’Impératrice Eugénie conservé au Château de Compiègne. Ce meuble porte les rares incrustations de porcelaine de Julien-Nicolas Rivart, dont Guérou est le seul a avoir signé la peinture.

La Galerie Marc Maison s’est efforcée de retrouver des meubles signés Guérou, et compte aujourd’hui dans sa collection quelques autres rares exemples de cette peinture. La couleur de Guérou est en effet tout a fait remarquable pour sa luminosité et ses contrastes, et la précision de son trait témoigne d’une réelle observation attentive de la nature.

Les fleurs de porcelaine de Rivart tiennent ainsi leur beauté de la main de ce peintre de la génération romantique, qui a su leur donner une fraîcheur oxymorique.

 

Tahan

La Maison Tahan, célèbre fabriquant de meubles au XIXe siècle, a connu son apogée en tant que fournisseur de Napoléon III sous le Second Empire. Spécialiste des petits coffrets au début du siècle, Tahan a ensuite développé une large gamme de meubles petits et moyens, adaptés aux intérieurs bourgeois, devenant ainsi « le prince de la petite ébénisterie ».

Le grand raffinement des plaquages de bois précieux et du bronze doré magnifient les meubles d’agrément tels que bonheurs du jour, tables à ouvrage, coffres et bureaux. Soucieux de rester à la pointe des progrès en arts décoratifs, Tahan se fournit en incrustations de porcelaines de Julien-Nicolas Rivart, et expose avec lui à l’Exposition Universelle de 1855.

Napoléon III offrit ainsi à la princesse Marie-Clotilde un bonheur du jour signé Tahan, et le couple royal d’Angleterre fit entrer dans les collections un magnifique coffret plaqué de lapis. Une des maisons les plus marquantes du XIXe siècle, Tahan avait la réputation d’être de ceux « qui devancent la mode et donnent le ton ».