Rudolf Weyr

Dans la Vienne rayonnante de la fin du XIXe siècle, Rudolf Weyr (1847-1914) fait figure de maître de la sculpture. Découverte de l’Exposition Universelle de 1873, il bénéficie de l’essor extraordinaire de la capitale austro-hongroise après le crash boursier, et devient l’un des meilleurs sculpteurs de l’Empire.

Auteur de nombreux monuments de Vienne, son œuvre la plus connue est certainement Die Macht zur See, (« Le Pouvoir sur la Mer », 1894), une fontaine monumentale figurant l’allégorie de l’Empire domptant les flots et monstres marins. Ses époustouflantes sculptures font de lui une figure majeure du style Néo-Baroque. Dans d’autres œuvres, Weyr montre une sensibilité au folklore germanique.

L’Impératrice Sissi fait appel à lui pour la sculpture des frontons de la Villa Hermès en 1884, puis l’Empereur Franz Joseph Ier le sollicitera en 1898 pour effectuer sa statue en pied.

« La petite ondine », une somptueuse fontaine monumentale attribuée à Rudolf Weyr, Vienne, vers 1890-95

Marbre de Carrare, marbre Statuaire.

Hauteur : 315 cm ; Largeur: 188 cm ; Profondeur : 54 cm

Vienne, vers 1890-1895.





Abritant une petite ondine, cette fontaine est une œuvre d’une très rare beauté. En effet, la virtuosité des sculptures ajoutée à un grand sens de l’harmonie, est ici au service d’une œuvre pleine de charme et de poésie.
Décorée de panneaux et volutes, cette fontaine est sculptée avec une extrême finesse dans le marbre de Carrare veiné d’un léger gris. Les côtés sont ornés de gracieuses clochettes. Sa forme générale, avec ses courbes retombant en petites volutes, reproduit le mouvement de l’eau.


Au sommet, l’eau jaillit de la bouche d’un vieillard couronné de nénuphars : dieu-fleuve dont l’âge contraste avec la fraîcheur de la sirène.
Un grand coquillage, dont les sédiments marins sont magnifiquement reproduits, sert de première vasque où l’eau est recueillie avant de s’écouler en rideau tout autour de l’ondine. Ainsi, une fois en activité, cette fontaine dégage d’autant plus de charme.




Nous provenant de Vienne, cette somptueuse fontaine a été réalisée vers 1890-1895. S’agissant sans équivoque de l’œuvre d’un artiste important, son origine tend ainsi à désigner le grand sculpteur Rudolf Weyr, maître de style Néo-Baroque, et amateur du folklore germanique.


Une ondine du Danube

L’ondine, nymphe des cours d’eau douce, provient précisément des légendes germaniques, où elle est connue pour alimenter les fontaines. C’est pourquoi on y jette de petites pièces, en offrandes, afin que l’eau ne s’y tarisse jamais. Représentée sous les traits d’une jeune fille, l’ondine prend la forme de la sirène scandinave, à queue de poisson, au cours du XIXe siècle.

Monument de la culture allemande, Henrich Heine a en effet contribué à ancrer l’importance de l’ondine Lorelei dans le folklore national, avec un célèbre poème de 1824. Il s’agissait d’une ondine du Danube, fleuve qui parcourt justement la ville de Vienne.

Il est ensuite l’un des rares soutiens du danois Christian Andersen pour son conte La petite Ondine (1837), qui ne rencontre initialement aucun succès dans son pays d’origine. Ainsi, l’image d’une ondine enfant, à queue de poisson, s’est popularisée en premier dans les pays germanophones au cours du XIXe siècle, pour enrichir l’imaginaire des artistes.

John William Waterhouse, Une sirène, 1900, Royal Academy of Arts, Londres.

La petite ondine de notre fontaine est protégée par le dieu-fleuve qui l’abrite sous une cascade. Celui-ci, aux traits burinés, rappelle singulièrement le visage d’une fontaine de la Villa Hermès de Vienne, propriété offerte par Franz Joseph Ier à Sissi l’Impératrice. Plus qu’une simple ressemblance, les yeux pochés sous des arcades fournies d’épais sourcils, le nez, les joues, et la couronne végétale indiquent une parenté sans équivoque. Il s’agit d’un visage sculpté par Rudolf Weyr, à qui l’on peut attribuer ainsi notre fontaine à l’ondine, d’autant que d’autres indices tendent à le confirmer.
A gauche, tête du dieu-fleuve, Galerie Marc-Maison.
A droite, fontaine dite "de Neptune", Villa Hermès, Vienne. Dieu-fleuve sculpté par Rudolf Weyr.

A la Villa Hermès, Rudolf Weyr coiffe sa divinité d’un crapaud, et sculpte le bas du visage en forme de palmes ; tandis que sur notre fontaine, il est coiffé de deux fleurs, et le sa barbe se mêle aux nénuphars. Ainsi, les deux mascarons sont pensés de la même façon, le même visage expressif étant coiffé d’épaisses mèches en désordre, couronné de lauriers et envahi par la faune et la flore aquatique.

Portrait de Rudolf Weyr, par A. Dauthage


Rudolf Weyr, un sculpteur virtuose


Vienne est depuis 1873 un terrain fertile pour les arts, une splendide capitale qui soigne ses meilleurs artistes. Révélation de l’Exposition Universelle de Vienne en 1873, Rudolf Weyr en fera partie, chargé de réaliser la statue en pied de Franz Joseph Ier en 1898. Sa carrière prend son envol en 1884, lorsque l’impératrice Sissi le charge d’une partie de la décoration de la Villa Hermès ; il est alors sollicité par le couple impérial pour les commandes publiques.

Son œuvre la plus connue est sans doute Die Mach zur See, (« Le Pouvoir sur la Mer »), une grandiose fontaine de 1894 qui orne le palais impérial de Hofburg. Le groupe représente une allégorie domptant les monstres marins et le tumulte des flots, avec l’appui du dieu Neptune.

Die Macht zur See, 1894, fontaine monumentale de Rudolf Weyr, façade nord du palais de Hofburg, Vienne.
La fontaine du palais de Hofburg permet d’admirer la virtuosité de Rudolf Weyr dans le traitement des chairs, capable de nous faire sentir la tension des muscles comme la souplesse des nageoires. C’est une virtuosité égale qu’a nécessité la fontaine à l’ondine, où le corps gracile de la petite fille se transforme imperceptiblement en deux queues de poisson.

Détail de Neptune, fontaine Die Macht zur See, 1894,
palais de Hofburg, Vienne.
Petite Ondine, fontaine attribuée à Rudolf Weyr, Galerie Marc Maison.


La qualité de la sculpture n’est pas seule en cause dans cette attribution. En effet, le réalisme de Weyr est aussi particulier: plutôt que de sculpter un Neptune dans la force de l’âge, au corps avantageux, il n’hésite pas à accentuer sa vieillesse, les détails très réalistes des os saillants sous une peau fine et ridée. Ce détail abonde aussi pour rapprocher l’ondine de Rudolf Weyr, car le buste d’enfant, au lieu d’être parfaitement idéalisé, est lui aussi montré dans sa vérité, avec des épaules chétives, des côtes légèrement saillantes et le pli au dessus du ventre. Chez un artiste du XIXe siècle, la représentation de détails aussi réalistes pour des figures mythologiques, est un choix particulier et distinctif.

On peut de surcroît encore rapprocher Neptune, portant une couronne de lauriers, ses traits burinés, ses pommettes saillantes, avec le dieu-fleuve de notre fontaine. Sa couronne est aussi la même qui orne la tête de l’ondine. Ainsi, notre fontaine à l’ondine correspond non seulement à la date et au lieu d’activité de Rudolf Weyr, mais aussi à son style et à la qualité de sa sculpture. Il faut enfin noter qu’elle correspond encore à ses thèmes de prédilection, le sculpteur ayant manifesté son goût pour le folklore germanique.



La carrière de Rudolf Weyr est en effet ponctuée par des œuvres renvoyant au folklore. Associé au projet de Nueue Burg, construit entre 1895 et 1901, Rudolf Weyr est chargé de réaliser l’une des statues représentant l’Histoire Austro-hongroise. Celui-ci en choisissant de représenter un guerrier Magyar, coiffé de pittoresques nattes, montre déjà son penchant pour les traditions germanique.

Plus tard, au début du XXe siècle, il prêtera également au peintre Hans Canon une ceinture ornée d’entrelacs mérovingiens, dans la statue qu’il érige à Stadtpark à sa mémoire. Par la suite, il se chargera de sculpter un bas-relief sur l’église Saint-Pierre de Vienne, représentant la légende selon laquelle l’église aurait été fondée par Charlemagne. Là encore, Weyr accorde un soin particulier à ses personnages coiffés de casques ailés, de nattes et épaisses moustaches.

Rudolf Weyr, "Magyar", 1895-1901, Neue Burg, Vienne.


Une fontaine viennoise de la fin du XIXe siècle


La fontaine que nous présentons, d’une beauté époustouflante, est une pièce d’exception provenant de la Vienne de la fin du XIXe siècle. La capitale de l’Empire Austro-hongrois est en effet devenue un épicentre de l’art, rivalisant avec Paris, dans le dernier quart du siècle. Le style Néo-Baroque est à son apogée, et son esprit fantastique attise l’imagination d’artistes comme Gustave Klimt, qui se tournent vers le symbolisme. Dans cette effervescence artistique, la ville de Vienne s’embellit de toujours plus de fontaines.

En effet, Vienne est alimentée en eau de source, descendant directement des Alpes. Elle compte aujourd’hui près de 900 fontaines d’eau potable, et 54 fontaines monumentales réalisées par les meilleurs artistes. L’une des plus admirées, la Fontaine à la Coquille, se trouve au Château du Belvédère, palais baroque terminé en 1723. Des Tritons aux queues de poissons y soutiennent une large coquille très semblable à celle qui sert de vasque dans notre fontaine.


Fontaine à la Coquille du Château du Belvédère, Vienne, vers 1723.




Cette belle coquille inspire la réalisation d’une fontaine murale au Palais Rothschild Bourgoing, en 1891. Il s’agit d’un rare exemple de fontaine murale réalisée pour un commanditaire privé important, qui permet de constater par comparaison le niveau auquel se hisse la fontaine à l’ondine.
Die Mach zur See a ainsi vu le jour dans un contexte où les fontaines se multiplient à Vienne ; ainsi, la fontaine d’angle que nous présentons est, en toute vraisemblance, une commande privée qui suit cette tendance. Rudolf Weyr ayant montré son talent dans la sculpture des chimères marines en 1894, un commanditaire viennois a pu faire appel à ses talents pour cette gracieuse ondine.


Cette rarissime fontaine est visible dans notre showroom de Saint-Ouen, sur rendez-vous. Vous pouvez nous joindre par téléphone :
+33 (0)6 60 62 61 90.

Fontaine murale du Palais Rothschild Bourgoing, 1891, Vienne.

La Malachite

Le XIXe siècle connaît un grand engouement pour les objets plaqués de malachite, beau minéral au vert intense, dont l’aspect ressemble à un marbre veiné. Utilisée en bloc pour de petits objets, la technique de la « mosaïque russe » permet dès la fin du XVIIIe siècle de couvrir de grandes surfaces de malachite, pour des commandes luxueuses et d’une originalité nouvelle.

En effet, la Sibérie fournit le précieux minéral en quantités, ce qui permet aux Manufactures lapidaires royales de Russie de développer cette technique nouvelle. En 1808, le Tsar Alexandre Ier fait cadeau à Napoléon d’un ensemble d’œuvres en malachite, de rares et extraordinaires présents qui ornent le Salon de l’Empereur à Trianon, devenu Salon des Malachites.

La belle pierre s’est alors popularisée dans les arts décoratifs, pour la décoration de tous types d’objets, et en particulier dans les intérieurs aristocratiques de Saint-Pétersbourg. Ainsi, en commandant un placage de malachite pour la cheminée de sa chambre des Champs-Elysées, la marquise de Païva ajoutait une touche russe à son Hôtel parisien.
C’est dans cet esprit que notre atelier de fabrication de cheminées sur-mesure Maison&Maison a conçu la cheminée de style Louis XV « Païva » :

L’Exposition Universelle de 1862 à Londres

L’Angleterre avait innové en 1851 avec la toute première Exposition Universelle. Dix ans plus tard, elle souhaite fêter l’anniversaire de cet événement et héberger ainsi la troisième Exposition Universelle, deuxième sur son sol. Celle-ci n’ouvre cependant qu’en 1862, dans un nouveau bâtiment rivalisant encore de grandeur, le Palais de l’Exposition.

Les ténors des arts décoratifs français, Ferdinand Barbedienne, Carrier-Belleuse, Fourdinois, Viollet-le-Duc, y sont présents et illustrés dans l’album de John Burley Waring, Chefs d’œuvres de l’Art Industriel de l’Exposition Internationale de 1862. Barbedienne y fait en particulier sensation avec ses objets d’arts incrustés d’émaux cloisonnés et champlevés, réactualisant une technique ancienne, selon les dessins de Constant Sévin.

Comme les deux précédentes, cette exposition accueille sous une même nef les produits de toutes les nations, qui y sont au nombre de 39. Le Japon honore cet événement d’une délégation chargée de visiter l’Exposition Universelle afin d’étudier une prochaine participation.