Le style Troubadour

Lorsque, quelques années après la Révolution française, les peintres du Salon se prennent d’émotion pour le passé médiéval, la critique invente un mot au destin important : le style Troubadour.

Recoupant les styles Néo-Gothique et Néo-Renaissance, le style Troubadour caractérise toutes les ornementations inspirées de l’Histoire ainsi que des légendes, qui nous plongent dans des scènes du passé rêvé. De Vercingétorix à François Ier, en passant par une cohorte de chevaliers moyenâgeux et bouffons du roi, le style Troubadour s’immisce dans tous les objets du quotidien, ne craignant aucun anachronisme et aucun mélange.

Il se développe en particulier sous la Restauration, favorisé par la Duchesse de Berry et la Comtesse d’Osmond, et fera des adeptes jusqu’à la fin du siècle. Le style Troubadour a ainsi formé le goût de grandes figures de l’art, comme le Comte de Nieuwerkerke, Viollet-le-Duc ou Gustave Doré.

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Le style Art Déco

Au début du XXe siècle, l’enthousiasme pour les progrès étourdissants des industries stimule un art stylisé, géométrique, révélant la beauté et la richesse du nouveau monde. Dès 1910, de premières œuvres épurées et régulières sont réalisées, se démarquant des asymétries et ondulations de l’Art Nouveau. C’est en 1925, à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris, que le nouveau style affirme son importance et fait sensation.

L’Art Déco arbore de riches ornementations colorées dans l’architecture, privilégiant la géométrisation des formes : figures humaines, végétaux, fleurs, prennent des formes stylisées. Les progrès de l’Industrie sont mis au service de l’art pour créer d’impressionnantes ferronneries, d’immenses verrières, des formes parfaitement maîtrisées.

Emblème des Années Folles, l’Art Déco reflète ainsi la fierté du monde moderne, adopté aussi bien pour la décoration des Grattes-Ciels les plus fameux comme le Chrysler Building, ou par les couturiers Jacques Doucet et Jeanne Lanvin. Intemporel, l'Art Déco reste une importante source d'inspiration, notamment en décoration et architecture d'intérieur. La cheminée "Métropolis" créée par le designer Maison & Maison en est un parfait témoin.

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Albert-Ernest Carrier-Belleuse

Personnalité incontournable du Second Empire, Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887) a produit d’importantes statuettes de bronze, de marbre et de terre cuite. Artiste prolifique, il réalisa notamment les bustes de nombreuses personnalités comme Napoléon III ou Eugène Delacroix, et de caractéristiques statues de femmes aux nattes relevées à la manière de Clodion, et parées de costumes Renaissance.

Souhaitant répandre le sentiment du Beau dans la vie quotidienne, Carrier-Belleuse est une figure majeure des arts décoratifs, auteur de modèles de candélabres, garnitures de cheminées, vases de porcelaine et autres objets alliant l’art à l’utile. Il collabore avec Barbedienne, Denière, Christofle, et devient directeur des travaux d’art de la Manufacture de Sèvres pour laquelle il crée des modèles originaux.

Artiste reconnu et admiré, il est aussi chargé d’importantes commandes publiques comme les Torchères de l’Opéra Garnier et présenta au Salon de grandes statues de marbre comme la célèbre Bacchante (1863), qui ornait le jardin des Tuileries jusqu’en 1984.

« Chiens de relais », une monumentale sculpture en fonte de fer par Camille Gaté

Fonte de fer

Modèle en plâtre exposé lors du Salon des Artistes Français de 1885.

Modèle en bronze présenté lors du Salon des Artistes Français de 1886.

Modèle en fonte de fer présenté lors de l’Exposition Universelle de 1889, médaille de bronze.

Dimensions de la statue : H : 134 cm ; L : 238 cm ; P. 121 cm

Signé sur le socle : « C. Gaté ».

Après 1885.



Médaille de bronze de l'Exposition Universelle de 1889, les "Chiens de Relais" sont l'œuvre bien connue d'un artiste de la fin de siècle, Camille Gaté.
Cette sculpture a profondément marqué l'écrivain Émile Hinzelin, ami du sculpteur qui s'en procure une réduction mentionnée dans ses nouvelles, et en tire également un poème, paru dans Toute une âme, vers anciens et nouveaux (1892) :





« Les deux chiens de relai sont attachés sous bois.
L'un, sur la terre humide, en rêvant s'abandonne,
L'autre est debout, il guette, et, soudain, il frissonne
Il écoute, là-bas, quelques vagues abois.
C'est la chasse! la chasse aux furieuses voix
Les chevaux frémissants volent, le cor résonne,
Et tout suit une pâle et superbe amazone
Sur sa cravache d'or crispant ses jolis doigts.
La chasse court au loin ainsi qu'une rafale.
Dans les yeux des deux chiens a passé, triomphale,
La claire vision des hallalis nouveaux,
Ils ont cru voir déjà la bête déchirée,
Et, le soir, dans la cour, sous les rouges flambeaux
L'orgie aux mille dents de la chaude curée. »



Dessin d'après Chiens de relais, dans la "Notice sur Camille Gaté", par Emile Hinzelin, dans Livre d'or de Rémy Belleau, 1900.

Comme le suggère le titre, ces deux limiers à l’arrêt vont être appelés à relayer d’autres chiens pour continuer la chasse. Vraisemblablement, il s’agit de deux Grands Bleus de Gascogne, chiens de chasse à courre du Sud de la France, employés dans les meutes royales depuis Henri IV pour la chasse au loup ou au gibier. Il s’agit d’une race appréciée pour sa vivacité sereine et ses muscles fins qui lui donnent une certaine noblesse.

Les Chiens de Relais, bien plus grands que nature, ne se contentent donc pas de magnifier une race appréciée par l’artiste, mais évoquent l’art noble de la chasse à courre, et l’imaginaire qui s’y rattache. En effet, l’année où l’artiste se consacre à cette sculpture, il publie également un recueil de contes, attestant de sa sensibilité tournée vers l’univers de la forêt. Il s’agit de l’œuvre d’un artiste profondément attaché à sa ville natale, au milieu des forêts de la Perche, Nogent-le-Rotrou. La ville au passé médiéval pittoresque, toujours dominée par le Château Saint-Jean, fut sans nul doute un haut lieu de chasse.



Exemplaire des Chiens de relais, au Château Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou, carte postale ancienne.


Camille Gaté, né dans une famille de modestes tanneurs en 1856, participe à l’affaire familiale sans sacrifier à ses rêves.
En 1884, il commence à sculpter des œuvres aux accents réalistes, avec les portraits des ouvriers de la tannerie, Le Petit Maître et l'Ouvrière, deux terres cuites aujourd’hui conservées au château de Nogent-le-Rotrou, et rapidement, des sujets animaliers qui font son succès. La rapidité de son succès est frappante, et doit l’attribuer à un talent artistique exceptionnel, tout à coup révélé chez un jeune homme qui n’était pas destiné à l’art.

Chiens de Relais est donc une de ses premières sculptures, dont le plâtre obtint un succès immédiat en étant reçue au Salon des Artistes Français de 1885. Le succès de la sculpture est confirmé l’année suivante, où un exemplaire en bronze est présenté encore au Salon. Après ce premier succès, il produit plusieurs autres groupes sculptés de chiens qui lui valent, en 1888, d’être fait Officier d’Académie. C’est en 1889, enfin, qu’un tirage en fonte de fer de Chiens de Relais, l’œuvre qui lança sa carrière, lui porte chance une nouvelle fois et triomphe à l’Exposition Universelle de Paris.
Camille Gaté reste célèbre dans sa ville natale, qui lui a dédié une exposition en 2016, mais il est aussi connu pour sa statue du poète Rémy Belleau, détruite par les allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ses œuvres de 1889 à sa mort révèlent une ambition philosophique de son art, une vision optimiste pour le genre humain, à la fois attachée à la sensibilité et à la raison. Ainsi, l’année 1889, il produit le Triomphe de la pensée philosophique, un haut relief en plâtre, et deux ans avant sa mort, une œuvre en marbre  poétiquement intitulée L'Humanité devant l'infini.

Camille Gaté dans son atelier.

Le succès rencontré à l’Exposition Universelle de 1889, qui fut celle du centenaire de la Révolution Française et d’installation de la célèbre Tour Eiffel, en dit assez long sur le mérite de cette sculpture.
L’œuvre est présente en deux lieux de Nogent-le-Rotrou, la place de la République, et le jardin du Château Saint-Jean. L’exemplaire du jardin est cependant monté sur un socle différent. A Joinville-le-Vallage, un beau tirage de Durenne et du Val d'Osne, daté de 1953, a été installé dans le parc municipal.
On la retrouve de part le monde, notamment en Argentine, à Mar del Plata dans la province de Buenos Aires.




Plaza San Martin, Mar del Plata, Argentine.




Parc de Joinville-le-Vallage.




Catalogue des sculptures, Exposition Universelle de 1889 à Paris.