La Malachite

Le XIXe siècle connaît un grand engouement pour les objets plaqués de malachite, beau minéral au vert intense, dont l’aspect ressemble à un marbre veiné. Utilisée en bloc pour de petits objets, la technique de la « mosaïque russe » permet dès la fin du XVIIIe siècle de couvrir de grandes surfaces de malachite, pour des commandes luxueuses et d’une originalité nouvelle.

En effet, la Sibérie fournit le précieux minéral en quantités, ce qui permet aux Manufactures lapidaires royales de Russie de développer cette technique nouvelle. En 1808, le Tsar Alexandre Ier fait cadeau à Napoléon d’un ensemble d’œuvres en malachite, de rares et extraordinaires présents qui ornent le Salon de l’Empereur à Trianon, devenu Salon des Malachites.

La belle pierre s’est alors popularisée dans les arts décoratifs, pour la décoration de tous types d’objets, et en particulier dans les intérieurs aristocratiques de Saint-Pétersbourg. Ainsi, en commandant un placage de malachite pour la cheminée de sa chambre des Champs-Elysées, la marquise de Païva ajoutait une touche russe à son Hôtel parisien.
C’est dans cet esprit que notre atelier de fabrication de cheminées sur-mesure Maison&Maison a conçu la cheminée de style Louis XV « Païva » :

L’Exposition Universelle de 1862 à Londres

L’Angleterre avait innové en 1851 avec la toute première Exposition Universelle. Dix ans plus tard, elle souhaite fêter l’anniversaire de cet événement et héberger ainsi la troisième Exposition Universelle, deuxième sur son sol. Celle-ci n’ouvre cependant qu’en 1862, dans un nouveau bâtiment rivalisant encore de grandeur, le Palais de l’Exposition.

Les ténors des arts décoratifs français, Ferdinand Barbedienne, Carrier-Belleuse, Fourdinois, Viollet-le-Duc, y sont présents et illustrés dans l’album de John Burley Waring, Chefs d’œuvres de l’Art Industriel de l’Exposition Internationale de 1862. Barbedienne y fait en particulier sensation avec ses objets d’arts incrustés d’émaux cloisonnés et champlevés, réactualisant une technique ancienne, selon les dessins de Constant Sévin.

Comme les deux précédentes, cette exposition accueille sous une même nef les produits de toutes les nations, qui y sont au nombre de 39. Le Japon honore cet événement d’une délégation chargée de visiter l’Exposition Universelle afin d’étudier une prochaine participation.

Gustave Eiffel

Mondialement connu pour sa réalisation majeure qu’est la Tour Eiffel, construite à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889 à Paris, Gustave Eiffel est un ingénieur de haut vol.
Il fait ses premières armes lors de la construction de la Passerelle Eiffel à Bordeaux, pont de 500 mètres qui lui vaut une belle réussite.
Puis, il construit le gigantesque Viaduc de Garabit, le Pont Maria Pio à Porto au Portugal, la gare de Budapest ou encore la structure interne de la Statue de la Liberté de Bartholdi.
La consécration vient en 1889 lorsqu’on inaugure la Tour Eiffel.
Par la suite, il est engagé pour réaliser le pont de la Porte de France à Grenoble qu’il décore de 68 dauphins en fonte de fer dont nous vous présentions deux exemplaires exceptionnels à l’occasion de notre article « L’Objet du Mois ».

Aujourd’hui, le nom de Eiffel fait toujours rêver et marque toute une époque, celle des grandes innovations technologiques.

Deux dauphins en fonte de fer, vestiges historiques du Pont de la Porte de France à Grenoble par Gustave Eiffel

Fonte de fer.

Hauteur : 176 et 150 cm ; Largeur: 47 cm ; Profondeur : 66 cm

Provenant de l’ancien pont de la Porte de France, Grenoble.

Vers 1892.





Vestiges historiques d’une œuvre disparue de Gustave Eiffel, ces deux dauphins chimériques en fonte de fer proviennent de l’ancien Pont de France à Grenoble. Le garde-corps de ce beau pont de fer était alors orné de soixante-huit dauphins semblables, emblèmes de la province du Dauphiné dont Grenoble était la capitale.
Construit en 1892, l’ouvrage d’art fut détruit en 1956 afin de répondre à l’intensification du trafic routier. Aussi, les dauphins furent en partie fondus et quelques-uns furent sauvegardés, comme les deux pièces que nous avons le plaisir de présenter ici.
Rares témoins historiques d’une œuvre de Gustave Eiffel, étant de surcroît de belles sculptures de superbe qualité, ces pièces peuvent dorénavant être adaptées en fontaines ou orner un jardin d’agrément.


Pont de la Porte de France, Grenoble, carte postale ancienne.


Gustave Eiffel, un ingénieur prodige

Connu à travers le monde, le nom de Gustave Eiffel est à tout jamais associé à la Tour Eiffel, érigée en 1889 à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris.
Né à Dijon le 15 décembre 1832, le jeune Gustave est admis à l’École Centrale en 1852, et s’oriente dans la métallurgie en 1856. C’est en travaillant pour Charles Nepveu que le jeune ingénieur réalise ses premiers projets de constructions de ponts, ce qui lui permet dès l’âge de 25 ans d’avoir la charge de l’immense Pont de Bordeaux. A la suite de ce succès capital, il réalise plusieurs ponts dans le Sud-Ouest.
Portrait de Gustave Eiffel par Aimé Morot, 1905, coll. part.




Prodige du milieu du XIXe siècle, Eiffel se met à son compte à Levallois-Perret, à la tête d’un atelier qui conçoit toutes les pièces destinées à être assemblées sur les chantiers. Entre 1870 et 1880, le monde entier fait appel à G. Eiffel et Cie, notamment pour l’ossature de la Statue de la Liberté à New-York (1882), la gare de Pest en Hongrie, mais aussi à Java, en Bolivie ou en Algérie. Sa carrière culmine en 1889 avec la réalisation du monument le plus haut de l’époque, la Tour Eiffel.

Le pont de Grenoble et ses dauphins est donc une de ses premières constructions réalisées après la Tour Eiffel, en 1892. Quoique Gustave Eiffel soit immensément reconnu pour la réalisation de la Dame de Fer, les dauphins du pont de Grenoble sont donc très représentatifs de sa carrière.


Deux rares vestiges du Pont de la Porte de France à Grenoble (1892)
Le pont de la Porte de France, Grenoble, carte postale, vers 1914.

La ville de Grenoble s’élargit considérablement au XIXe siècle, passant de 10 000 à 74 000 habitants. Vers 1880, l’enceinte de la ville s’est élargie ce qui demande la construction d’un pont reliant les deux berges de l’Isère.
Vers 1890, après le succès de la Tour Eiffel, la ville de Grenoble fait appel au grand ingénieur Eiffel pour la construction de son pont, et les travaux commencent en 1892. Tenant sur deux piles dans l’Isère, le pont de la Porte de France, appelé également pont de l’Esplanade ou pont de la Bastille, comporte trois travées et les gardes corps sont ornés de dauphins en fonte.

Devenu trop étroit au XXe siècle pour les besoins de circulation, le pont est détruit en 1956, et remplacé par une construction de Pelnard-Considere et Cie. Les 68 dauphins du pont Eiffel furent en partie fondus, mais quelques uns furent préservés par les villes de la région et par des particuliers.

Actuel Pont de France à Grenoble, construit en 1956.


En effet, on retrouve un de ces dauphins à Tullins, petite ville proche de Grenoble, qui en fit vers 1960 une fontaine publique, dite « Fontaine du Paradis ». Deux dauphins ornent également la mairie de Colombe, autre ville d’Isère, et deux autres l’entrée de l’usine de chaussures Paraboot à Izeaux dans l'Isère.


Fontaine du Paradis, Tullins, Isère.
Usine Paraboot, Izeaux, Isère.


Des particuliers ont également sauvegardés ces dauphins, de telle sorte qu’ils refont surface périodiquement sur le marché de l’art. Les deux exemplaires que nous présentons aujourd’hui avaient été sauvés par un ancien employé municipal de Grenoble au moment de la destruction du pont qui faisait la fierté de la ville. Restés dans la famille depuis lors, c’est la première fois qu’ils réapparaissent depuis le démantèlement du pont.


Les dauphins, symboles de la Province du Dauphiné

Armoiries du Dauphiné sculptées sur le Palais du Parlement du Dauphiné, Grenoble.



Précieusement conservés dans la région, ces dauphins sont en effet le symbole de la Province du Dauphiné, dont Grenoble était la capitale, et furent représentés sur les armoiries depuis le XIIe siècle. Il s’agissait alors d’un État indépendant, le Dauphiné de Viennois, sous l’autorité des comtes d’Albon qui se font appeler les Dauphins du Viennois. De là vient le titre de Dauphin de France pour l’héritier de la couronne, car à partir de l’annexion du Dauphiné en 1349, cette province est l’apanage du prince héritier.



Les dauphins en fonte d’Eiffel ont la forme chimérique des dauphins de Neptune, ainsi qu’on les représente depuis l’Antiquité, comme en témoignent les mosaïques d’Ostie, port antique de Rome.
Les artistes de la Renaissance ont puisé dans ces représentations antiques, si bien que le dauphin mythologique a marqué les esprits dans des œuvres extraordinaires, comme la Fontaine du Triton que sculpta Gian Lorenzo Bernini pour le pape Urbain VIII, en 1643.
Un dessin de Jean Le Pautre fixe bien les traits que nous retrouvons dans ces dauphins de fonte : le corps couvert d’écailles, les yeux cernés de volutes concentriques, une nageoire dorsale et deux nageoires de chaque côté de la tête.
Mosaïque du port d'Ostie, Rome.
Bernini, Fontaine du Triton, Piazza Bernini, 1643, Rome.
Jean Le Pautre, Amours jouant avec des dauphins, 1673,
Château de Versailles.
Dauphins et amours de la Fontaine Lavalette, 1884,
place Grenette, Grenoble.




Ainsi, les dauphins chimériques décorent la ville de Grenoble déjà en 1825, avec la Fontaine Lavalette fondue par Crozatier. Eiffel préfère pour son pont de 1892 une forme plus harmonieuse, permettant d’adoucir les angles d’assemblage du garde-corps avec la poutre. Répétés tout le long du pont, ces dauphins étaient discrets de loin tout en offrant une agréable décoration de plus près.

La paire de dauphins que nous présentons revêt donc une importance historique, étant de rares vestiges d’une œuvre détruite de Gustave Eiffel. Authentiques ornements du garde-corps de l’ancien pont de Grenoble, d’une qualité exceptionnelle propre à une commande publique, ils portent avec eux la mémoire des progrès incroyables, notamment technologiques, qui furent réalisés grâce à la société G. Eiffel et Cie.