Extraordinaire plaque de cheminée aux armes de Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay

Fonte

Hauteur : 110 cm ; Longueur : 117cm ; Profondeur : 5 cm

Dernier quart du XVIIème siècle, France.



Cette extraordinaire plaque de cheminée à décor d’un écusson ailé présente les armes de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, fils du ministre de Louis XIV. Le blason est orné, en son centre, d’une couleuvre – ou bisse – ondoyante et dite « en pal », ce qui signifie qu’elle est représentée dressée sur sa queue.






Le pourtour du cartouche, décoré de coquilles, n’est pas un simple élément d’ornement, il s’agit en réalité du collier de l’Ordre de Saint-Michel, ordre de chevalerie fondé à Amboise en 1469 par Louis XI. Il supporte en effet un médaillon sur lequel l’archange est représenté en train de terrasser le dragon. Lorsque le futur roi séjourna à la cour du duc de Bourgogne, il fut impressionné par le faste et le prestige de l’Ordre de la Toison d’Or qui permettait à ce dernier de s’assurer les faveurs de nombreux princes. Louis XI, devenu roi, créa ainsi l’« ordre et aimable compagnie de monsieur saint Michel ». La figure de l’archange qui ornait les étendards royaux depuis Charles VII était une réponse à l’annexion de Saint Georges par les Anglais. Le célèbre mont avait par ailleurs résisté à toutes les agressions anglaises pendant la guerre de Cent Ans. Louis XIV réforma l’Ordre royal par le biais de deux textes en 1661 et 1665, de sorte qu’il ne restât plus qu’une centaine de chevaliers nobles ayant exercé une fonction militaire ou judiciaire pendant au moins dix années. Le collier, tombé peu à peu en désuétude, fut complètement ignoré dans la réforme du roi mais survécut dans le domaine héraldique ainsi qu’en atteste notre plaque de cheminée.



Jean-Baptiste Colbert de Seignelay était en effet membre de l’Ordre de Saint-Michel mais également de l’Ordre du Saint-Esprit, fondé plus d’un siècle après le précédent. Il fut créé par Henri III, roi de France et de Pologne, en décembre 1578. L’Ordre visait à fortifier la foi et la religion catholique, à restaurer le royaume, à raffermir les liens avec la noblesse et à pallier la décadence de l’Ordre de Saint-Michel. Les chevaliers du Saint-Esprit étaient d’ailleurs faits chevaliers de l’Ordre de Saint-Michel avant leur réception, ce qui leur conférait le titre de « chevaliers des ordres du roi », la croix du Saint-Esprit était, pour cette raison, ornée au revers de l’image de Saint-Michel. L’avers de cette croix est représenté sur notre plaque de cheminée : il s’agit d’une croix à huit pointes pommetées comportant une fleur de lys à chaque angle et représentant la colombe du Saint-Esprit. D’autres éléments du collier sont visibles sur la plaque : le « H » couronné en référence à Henri III, la fleur de lys ou encore des militaria. Les chevaliers avaient en effet pour habitude de présenter, sur leur écusson, le collier de l’Ordre de Saint-Michel entouré de celui de l’Ordre du Saint-Esprit.



Le blason de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay est visible sur une gravure conservée au Musée Carnavalet à Paris. Il s’agit d’un portrait du marquis par Pierre Mignard inséré dans un médaillon orné de l’écusson à la bisse, à la couronne et aux colliers des Ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit.


Pierre Mignard, Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Seignelay, estampe de Gérard Edelinck (Anvers, 1640 - Paris, 1707, graveur), Musée Carnavalet, Paris.

Sur notre plaque de cheminée, l’écusson central supporte également la couronne de marquis ainsi qu’une paire d’ailes. Il est sommé de rameaux d’olivier dit « fruité » (représenté avec ses olives), symbole de sagesse de gloire et de triomphe. De part et d’autre de l’écusson se déploient des rinceaux végétaux, des fleurs et des volutes. Une tête de chien portant un large collier clouté et une tête de cheval sont représentées en gaine. Ces dernières, à enroulements, sont couvertes de feuilles d’acanthe. Les têtes supportent une corniche architravée, ornée d’une pomme de pin et chargée de divers attributs : des livres, symbole du savoir mais également des feuilles de parchemin qui font songer à des cartes géographiques ainsi qu’un compas. Le marquis de Seignelay fut en effet, dès 1672, admis auprès du roi pour assister son père dans les affaires de la marine notamment. Au décès de ce dernier, il lui succéda comme secrétaire d’Etat de la Marine de Louis XIV, fonction qu’il devait occuper jusqu’à sa mort en 1690. Il acheva et signa le Code noir commencé par son père et assura la puissance de la marine française. Il participa au bombardement de Gênes en 1684, à la bataille du cap Béveziers en 1690 et avait été nommé ministre d’Etat en 1689.


D'après Jean Bérain, Tenture des Attributs de la Marine, 1689-1692, Musée du Louvre, Paris.



Réputé pour son goût du luxe, il est à l’origine d’une sublime tenture aux attributs de la marine en six pièces, deux portières et quatre entrefenêtres conservée au musée du Louvre. Il s’agit de l’une des tentures les mieux documentées du règne de Louis XIV et de l’une des rares œuvres qui puissent être reliées à l’œuvre de Jean Berain. Colbert de Seignelay lui avait déjà demandé, en 1685, d’organiser la fête qu’il donnait en l’honneur du roi dans son château de Sceaux. La tenture fut commandée pour ce même château et tissée de 1689 à 1692, elle revint donc à la veuve du marquis, Catherine-Thérèse de Matignon-Thorigny.


Notre extraordinaire plaque de cheminée est reproduite dans l’ouvrage de Henri Charpentier « Les Plaques de cheminées » ainsi que dans celui de Philippe Palasi « Plaques de cheminées héraldiques ». Il n'existe que deux autres exemplaires connus de notre plaque : le premier est conservé au Musée Carnavalet à Paris et le second au château de Sceaux.

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