Généralement, on entend par Japonisme tout phénomène d’influence japonaise dans l’art occidental de la seconde moitié du XIXème siècle.
Philippe Burty serait à l’initiative du mot « Japonisme », titre général qu’il donna à une série d’articles qu’il publia dans la Renaissance littéraire et artistique de mai 1872 à février 1873.
La relation entre les Européens et le Japon n’a jamais été réellement coupée, même après l’interdiction du christianisme et la fermeture quasi-totale de ce pays en 1639 sous l’impulsion du gouvernement des Tokugawa. Seuls les Hollandais étaient admis et assuraient le commerce extérieur sur la petite île artificielle de Deshima dans le port de Nagazaki, ainsi, tant le commerce des marchandises que celui des idées étaient très intenses et accompagnés d’une extrême curiosité des deux côtés.
La situation change radicalement avec la réouverture du Japon, le commerce, les voyages, les Expositions universelles qui provoquent l’arrivée en masse des objets, des estampes ou des livres japonais et qui inaugurent la véritable ère du Japonisme.
En peinture, Edouard Manet, Mary Cassatt, Degas, Van Gogh, Gauguin parmi tant d’autres, s’inspirèrent fortement de l’art Japonais, séduits tant par la composition que l’aplat de couleurs, tant par la richesse des tons que la science de la forme. L’iris japonais, les pivoines, bambous, kimonos, calligraphie, compositions en diagonale et formats en hauteur, carpes, papillons et autres insectes, corbeaux, grues et échassiers, chats, tigres ou dragons sont les sources intarissables d’inspiration, d’appropriation et de réinterprétation pour les artistes européens.
L’aménagement intérieur subit également l’influence orientale : l’intérêt porté à la maison japonaise et à son mobilier par les architectes européens et américains, est grandissant. Le salon oriental connaît un vif engouement dès 1871, se mêlant parfaitement au pluralisme des styles de ce dernier quart de siècle. Charles Rennie Mackintosh, Josef Hoffmann et Gustav Klimt (antichambre de l’atelier de l’artiste pour la Sécession à Vienne) comptent parmi les diffuseurs du Japonisme.
Les Expositions universelles de 1851 et de 1862 à Londres, de 1867, 1878, 1889 et 1900 à Paris ou encore celles de Vienne en 1873 et de Saint Louis en 1904 présentent un grand nombre d’installations intérieures « chinoises-japonaises » avec porcelaines, bronzes, paravents et tableaux, ces pavillons réunissant à chaque fois le plus grand nombre de visiteurs. A Vienne, le « village japonais » attire particulièrement l’attention. Le public découvre en réalité une interpénétration d’influences combinant Japon et Chine avec parfois une difficulté certaine à différencier l’un de l’autre.
Tout naturellement, les artistes occidentaux essaient de rénover une production artistique « stagnante » puisant dans les influences de la culture du Japon et proposant des créations qui loin de copier servilement l’art japonais, offrent une interpénétration de styles et de conceptions artistiques.
Le Japonisme, d’abord suscité par l’attrait du pittoresque, ne s’est pas cantonné au simple exotisme, et rapidement, les artistes dits « d’avant-garde » se réclament de ce mouvement, en marge des salons officiels. Manet et les impressionnistes ouvriront la voie pour un demi-siècle d’enthousiasme pour l’art japonais.
Les mouvements Art nouveau, Arts and Crafts en Angleterre et la Libre Esthétique à Bruxelles sont également influencés par l’art japonais dans sa conception d’unité de l’art. Dans le dernier quart du XIXème siècle, le marchand Siegfried Bing avait parfaitement pris conscience de l’importance de la fusion de l’art et de la vie du Japon en lançant Le Japon artistique en 1888, la conception d’un art indissociable d’un mode de vie dépassait le simple stade de « Japonisme ».
S. Wichmann, Japonisme, Milan, 1982.
1988, exposition Le Japonisme, Galeries nationales du Grand Palais à Paris, Musée national d’art occidental de Tokyo, RMN, Paris.