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Pendant une vingtaine d'années au milieu du XIXe siècle, un petit village de Seine-et-Marne, près de Melun, a abrité l'une des fabriques de faïence les plus originales de France. La faïencerie de Rubelles doit sa réputation à un procédé rare, la faïence lithophane à émaux ombrants, mis au point par le baron Charles de Bourgoing : un décor de reliefs recouvert d'émaux translucides, dont les creux, plus épais, paraissent sombres, et les parties hautes, plus minces, laissent passer la lumière. Les pièces, d'un vert profond, ont été remarquées dès les expositions de l'époque et sont aujourd'hui très recherchées des collectionneurs.

Un baron inventeur et un châtelain

Charles de Bourgoing (1791-1864), diplomate de carrière, consacrait ses loisirs aux arts industriels et disposait, dit-on, d'un laboratoire. Il met au point un procédé de faïence lithophane, pour lequel il prend un brevet en janvier 1827 selon la ville de Rubelles. Son associé, le baron Alexis du Tremblay, est propriétaire du château de Rubelles : c'est là, vers 1836 (1838 selon les Archives départementales de Seine-et-Marne), que la manufacture s'installe pour exploiter le brevet.

Les deux associés dirigent eux-mêmes l'entreprise. Émile Trélat en assure la direction vers 1840. Après 1855, la société J. Hocédé et Cie succède à l'association Tremblay-Bourgoing.

Le procédé : lithophanie et émaux ombrants

Le principe est celui de la lithophanie : l'épaisseur variable d'une matière translucide module la lumière qui la traverse. Appliqué à la faïence fine, il consiste à mouler un décor en relief, puis à le recouvrir d'émaux colorés transparents. Là où le relief est creusé, l'émail s'accumule et paraît sombre ; sur les saillies, il s'amincit et devient clair. Le dessin apparaît ainsi en camaïeu, des ombres opaques aux lumières très translucides — d'où le nom d'émaux ombrants.

La manufacture est reconnaissable à son vert profond, particulièrement soutenu, même si d'autres teintes ont été employées.

Une production variée

La fabrique produit de la vaisselle et des objets de table (assiettes, plats, théières, jattes), des cache-pots et des supports pour plantes, des pièces décoratives et des carreaux, tous dans cette technique des émaux ombrants. Les sujets sont souvent naturalistes : feuillages, fruits, fleurs, mais aussi petites figures de genre moulées, comme les personnages portant un panier.

Le procédé s'est aussi prêté à des pièces plus ambitieuses : un guéridon plaqué de palissandre au plateau en émaux verts ombrants, réalisé entre 1842 et 1844, est connu comme un exemple exceptionnel du mariage entre faïence et ébénisterie.

Les expositions

La fabrique participe aux expositions nationales et internationales du milieu du siècle. Bourgoing y reçoit plusieurs médailles, notamment une médaille de deuxième classe à l'Exposition universelle de Londres en 1851, où la production est remarquée pour son effet nouveau et agréable.

Les marques

Les pièces portent des marques gravées ou estampées, notamment A.D.T. (pour Alexis du Tremblay) et une couronne de baron dans un triangle, accompagnée des initiales. On distingue généralement une marque rare, peut-être antérieure à 1842, une marque de la période 1842-1855, la plus prospère, et une marque postérieure à 1855.

La fin de la manufacture

L'activité cesse à la fin des années 1850 (1857 ou 1858 selon les sources), après environ vingt ans d'existence. Le procédé, délicat et coûteux, n'a pas survécu à la fermeture.

Rubelles aujourd'hui

Le souvenir de la faïencerie reste très présent dans la commune, dont les armoiries portent une assiette de faïence ornée d'une grappe de raisin. La Maison de la Faïence, ouverte le 21 septembre 2019 face à la mairie, présente cet héritage. Le musée d'art et d'histoire de Melun conserve de son côté un ensemble de plus de trois cents pièces de Rubelles. D'autres musées possèdent des exemplaires, parmi lesquels le Victoria and Albert Museum de Londres.

À voir également

La Faïencerie de Gien — La manufacture de Choisy-le-Roi — Vallauris — Un guéridon au décor d'émail rarissime de la faïencerie de Rubelles

Voir nos céramiques, faïences et porcelaines


Bibliographie

Institutional sources

Commune of Rubelles, "Histoire de la faïencerie", rubelles.fr.

Archives départementales de Seine-et-Marne, entry on the Rubelles faience works.

Melun Val de Seine Tourisme, "Opening of the Maison de la Faïence", 2019.

Victoria and Albert Museum, London, Flower pot stand of moulded earthenware, shaded-enamel glaze, about 1851, inv. 5453-1858.

Studies

Alix RAVEL D'ESCLAPON, La Faïence de Rubelles, Le Mée-sur-Seine, Éditions Amattéis, 1988 (reissued 2003).

Musée d'art et d'histoire de Melun, Faïences de Rubelles, exhibition catalogue.

Faiencerie de Rubelles, guéridon au plateau en émaux verts ombrants, 1842-1844. Galerie Marc Maison
Faiencerie de Rubelles, assiette à émail ombrant vert, milieu du XIXe siecle.
Faïencerie de Rubelles, cache-pot ou support de plante, vers 1851,V&A, inv. 5453-1858
Marque A.D.T. / couronne de baron au revers d'une pièce.
La Maison de la Faience, Rubelles.