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Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, né à Paris le 27 janvier 1814 et mort à Lausanne en 1879, est l'architecte le plus influent de la restauration des monuments au XIXe siècle. Auteur du Dictionnaire raisonné de l'architecture française, restaurateur de Notre-Dame de Paris, de Vézelay, de la cité de Carcassonne et bâtisseur du château de Pierrefonds, il a imposé en France une vision du Moyen Âge qui a marqué l'architecture, les arts décoratifs et la théorie de l'architecture bien au-delà de son temps.

Une formation en dehors des institutions

Fils d'un haut fonctionnaire chargé des résidences royales, neveu du peintre et critique Étienne-Jean Delécluze, Viollet-le-Duc grandit dans un milieu lettré. Il refuse d'entrer à l'École des beaux-arts et se forme dans les agences de Jacques-Marie Huvé et d'Achille Leclère, puis en parcourant la France et l'Italie (1831-1836), carnet de croquis à la main. Cette formation fait de lui un dessinateur d'exception et l'attache au romantisme et à l'architecture médiévale.

Les grandes restaurations

En 1840, sur proposition de Prosper Mérimée, la Commission des monuments historiques lui confie, à vingt-six ans, la restauration de la basilique de Vézelay. Suivent Notre-Dame de Paris, restaurée à partir de 1843-1844 avec Jean-Baptiste Lassus, puis seul après la mort de celui-ci en 1857 : il y ajoute en 1859 une flèche nouvelle d'environ quatre-vingt-treize mètres, d'après ses plans, et recrée notamment la galerie des Rois. Il intervient aussi à la Sainte-Chapelle, à Saint-Denis, à la cathédrale d'Amiens, sur les remparts de Carcassonne et, à partir des années 1870, à la cathédrale de Lausanne.

Sa grande réalisation est le château de Pierrefonds, que Napoléon III lui commande vers 1857-1858 : sur les ruines d'une forteresse démantelée sous Richelieu, il bâtit une résidence néo-médiévale, jusque dans les peintures murales, les lambris et le mobilier. Prosper Mérimée en loue l'effet, Anatole France ironisera sur un « énorme joujou ».

Une doctrine controversée

Dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle (1854-1868), il définit la restauration comme l'action de « rétablir » un édifice « dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné ». Cette conception de l'unité de style, qui autorise à compléter ou à réinventer des parties disparues, a fondé la première doctrine française des monuments historiques. Elle a aussi suscité de vives critiques, en France comme en Grande-Bretagne, notamment celles de John Ruskin. Il publie également des Entretiens sur l'architecture (1863-1872) et un Dictionnaire raisonné du mobilier français.

Dessinateur et créateur d'objets

Viollet-le-Duc ne se limite pas à l'architecture : il dessine du mobilier, des objets liturgiques et de l'orfèvrerie pour Notre-Dame, ainsi que des décors peints pour Pierrefonds, en s'inspirant des bestiaires et des motifs végétaux médiévaux. Cette veine nourrit le goût néo-gothique du Second Empire, que l'on retrouve dans le mobilier et les arts décoratifs de la seconde moitié du XIXe siècle.

Enseignement et postérité

Nommé en 1863 professeur d'histoire de l'art et d'esthétique à l'École des beaux-arts, il démissionne en 1864 après une série de leçons et l'échec de sa tentative de réforme. Il est à l'origine du Musée de sculpture comparée, ouvert en 1882, aujourd'hui intégré à la Cité de l'architecture et du patrimoine. Ses élèves (Anatole de Baudot, Paul Gout, Édouard Corroyer, Denis Darcy) poursuivent son œuvre, et sa pensée rationaliste inspire le mouvement Arts and Crafts puis l'Art nouveau, de Guimard à Horta.

À voir également : Victor Horta — Hector Guimard — L'Art nouveau — Le style Napoléon III

Voir notre architecture extérieure


Bibliographie

Institutional sources

French Ministry of Culture, Histoire des arts, thematic dossier "Un artiste en son temps : Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879)" (chronology of restorations, teaching, Musée de sculpture comparée, decorative arts).

Bibliothèque nationale de France, Passerelles, "Viollet-le-Duc et la restauration" (restoration doctrine, Château de Pierrefonds); "Élévation et plans de la flèche de Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc", drawing of 1866.

Académie de Versailles, Histoire des arts, "Fiche Viollet-le-Duc" (chronology, writings, pupils, legacy).

French Ministry of Education, Éduscol, "Découvrir Eugène Viollet-le-Duc à l'aide de ressources numériques".

Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, Paris, 1854-1868; Entretiens sur l'architecture, Paris, 1863-1872.

Online resources

"Eugène Viollet-le-Duc", Wikipedia (English version).

Eugène Viollet-le-Duc, élévation et plans de la flèche de Notre-Dame de Paris, 1866 (BnF, Passerelles).
Le château de Pierrefonds restauré par Viollet-le-Duc, à partir de 1857-1858.
Notre-Dame de Paris et sa flèche (1859).
Les remparts de la cité de Carcassonne.