Style Napoléon III / Ref.11100
Henri LEMOINE, Maison LEMOINE, LEMARCHAND ET Edmond BÉRANGER, Exceptionnelle bibliothèque de style Renaissance "Les Arts et les Sciences" Médaille d'Or à l'Exposition Universelle de 1867
Dimensions
Largeur 220cm
Hauteur 365cm
Profondeur : 67cm
Époque et provenance:
France, XIXe siècle
Cette grande bibliothèque vitrée est une création rare de l'ébéniste Henri Lemoine, qui lui valut la médaille d'or à l'Exposition universelle de 1867 à Paris. D'inspiration Renaissance, elle est décorée d'émaux sur le thème de la Connaissance par Edmond Béranger, peintre pour la Manufacture de Sèvres ayant reçu plusieurs récompenses. Ainsi, les médaillons portent les profils de Galilée, illustre astronome du XVIe siècle, et de Raphaël, grand artiste de la Renaissance. Les cartouches représentent des allégories : sans doute celle de l'Astronomie (la muse Uranie), tenant un globe étoilé ainsi qu'un compas et celle de l'Histoire (la muse Clio), de la Poésie (la muse Calliope) ou, plus généralement, du Savoir, représentée avec un livre et un stylet. Elles furent également interprétées comme des allégories de l'Étude et de la Mémoire par l'un des contemporains de l'artiste. Elles sont vêtues de drapés à l'antique et parées d'atours caractéristiques du goût pour la Renaissance.
Sous leurs pieds, des têtes humaines sont insérées dans des coquilles architecturées autour desquelles sont apposées la signature d'Edmond Béranger ainsi que la mention « SEVRES. 1867 ». Deux étoiles, sous la forme de jeunes cariatides, soutiennent une architrave ornée de sculptures raffinées représentant des guirlandes végétales ainsi qu'une couronne de laurier, arbre emblématique d'Apollon dont les branches symbolisent la sagesse, la gloire et le triomphe.
La corniche supporte un important fronton brisé architecturé comportant un cartouche entouré de deux bustes de femmes en gaine, de cordages, de bouquets de fleurs et de fruits ou encore de feuilles d'acanthe. De fines sculptures parcourent ce meuble de luxe, rehaussé de quelques bronzes, dont Athéna (ou Minerve), déesse de la Sagesse, qui surplombe la partie centrale inférieure du meuble ouvrant à deux vantaux et comportant les cartouches aux allégories évoquées précédemment. Son buste est entouré d'une couronne de laurier finement sculptée et de deux chimères reposant sur le fronton brisé qui orne la partie centrale de la ceinture séparant les deux registres du meuble. Cette dernière est richement ornée de divers éléments issus du vocabulaire ornemental de la Renaissance.
De nombreuses colonnes ornent le meuble, elles en soulignent les montants dans la partie supérieure, encadrent les vantaux de la partie inférieure ou semblent supporter la ceinture. Elles illustrent toutes des styles différents et évoquent, par leurs cannelures et leurs chapiteaux (ioniques et corinthiens), les divers ordres de l'architecture grecque antique. Les espaces laissés libres dans le registre inférieur apportent de la légèreté au meuble et sont décorés de médaillons finement sculptés.
La bibliothèque offre trois compartiments vitrés pouvant accueillir des livres ou des curiosités. Les médaillons aux profils de Raphaël et de Galilée sont insérés dans des tablettes qui, en s'ouvrant, dévoilent de précieux tiroirs à médailles d'un côté, à bijoux de l'autre. Ces parties intérieures sont réalisées dans un travail de marqueterie particulièrement raffiné qui crée un contraste saisissant avec la couleur sombre du meuble.
À l'Exposition universelle de 1867, Henri Lemoine présente une collection de meubles courants, représentatifs de tout ce que peut offrir sa boutique et sur son stand trône cette magnifique bibliothèque de style Renaissance. Pièce maîtresse, elle est présentée entre deux gaines niellées de bleu sur fond or supportant des vases de Sèvres. Elle est remarquée par l'écrivain Auguste Luchet, également gouverneur du château de Fontainebleau qui donne de cette œuvre une description précise dans L'Art industriel à l'Exposition universelle (1868).
L'œuvre lui paraît assez remarquable pour qu'il republie cet extrait dans Le Monde illustré, accompagné d'une gravure de Valentin :
« La principale pièce [...] représente un meuble de cabinet henri-deux, en bois de poirier noirci. [...] La construction est celle d'une armoire à deux corps. Le bas, aux portes pleines avec vides latéraux, est décoré de sujets sur émail symbolisant l'Étude et la Mémoire. Des bronzes bien faits rehaussent la frise, dont une tête de Minerve [...] surmonte la sculpture touffue. [...] Des colonnes de belle exécution supportent l'ensemble. Le corps supérieur est en trois parties que ferment des portes vitrées ; au milieu les livres, des deux côtés les curiosités : garniture intérieure en drap sombre. Sous les vitrines latérales sont deux petites armoires qu'ornent les médaillons en émail de Raphaël et de Galilée : les portes de ces armoires s'abattent sous forme de tablette, et laissent voir de précieux tiroirs à médailles, de non moins précieux tiroirs à bijoux. De là montent des colonnes et des cariatides portant noblement une corniche excellente, couronnée par un fronton très-opulent qui a pour cimier une lampe antique, emblème ingénieux de la destination générale du meuble. Lumière ! [...] Point d'or ; ce qui est preuve exquise de bon goût. »
Luchet souligne la qualité des émaux d'Edmond Béranger, peintre de Sèvres qui devait recevoir, en 1880, une médaille d'argent à la sixième exposition de l'Union Centrale des Arts Décoratifs (UCAD). Deux années plus tard, il obtint une médaille d'argent au Cours de chaleur appliquée à l'industrie dispensé par la Société Libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-inférieure, société savante fondée à Rouen en 1792 qui publiait un bulletin annuel et organisait des concours.
Il s'agit d'une redécouverte majeure, cette œuvre étant en effet connue sur le plan scientifique grâce aux documents d'époque notamment mais elle n'était pas localisée. Cette bibliothèque, incontournable tant au regard de l'histoire de l'art qu'au regard de l'histoire de la Maison, illustre le savoir-faire des ébénistes français. Le Musée d'Orsay conserve un chef-d'œuvre réalisé par la Maison Lemoine et Lemarchand et Joseph Cremer, il s'agit d'une table de milieu richement marquetée.
Cette bibliothèque, médaille d'or de l'Exposition universelle de 1867, a été réalisée par la Maison Lemoine et Lemarchand, célèbre fournisseur de la Couronne (à partir de 1817) puis de l'Empire. Cette maison ancienne trouve son origine au XVIIIe siècle avec Charles-Joseph Lemarchand, qui laisse l'atelier à son fils Louis-Édouard Lemarchand dès 1815. Il est le fournisseur breveté de Charles X et Louis-Philippe : particulièrement apprécié de ce dernier, il réalise de nombreux meubles entre 1835 et 1840, dont le lit du duc et de la duchesse d'Orléans. Il s'associe en 1846 avec André Lemoine (ou Lemoyne), un « marchand de bois des îles », pour fonder la Maison Lemoine et Lemarchand. En 1852, André Lemoine prend la tête de l'entreprise et collabore avec son fils, Henri Lemoine, le créateur de notre bibliothèque. Ils participent ensemble à deux Expositions universelles : celle de 1855 à Paris durant laquelle ils exposent un bahut de bois de rose incrusté d'étain puis celle de 1862 à Londres où ils exposent une armoire à glace de style Louis XVI.
Entre 1863 et 1893, c'est Henri Lemoine qui dirige cette maison parisienne du 17 rue de Tournelles. Ébéniste et tapissier important du Second Empire, Henri Lemoine est ainsi à la tête d'une maison historique, et en tire parti pour démocratiser l'apprentissage des métiers d'art. En 1866, il contacte ses confrères Fourdinois, Godin, Grohé, Guéret, Herteinstein, Meynard et Schmitt pour créer un Patronage industriel des Enfants de l'Ébénisterie, aujourd'hui l'École d'Ameublement de Paris. La fondation de l'école est parrainée par l'impératrice Eugénie. Henri Lemoine est ainsi à l'initiative d'une institution qui contribue à la renaissance des industries de luxe, organisant un concours chaque année à partir de 1867. Cette même année, il participe à l'Exposition universelle où il expose notre meuble d'exception qui évoque la Renaissance et les lumières de la Science.
Il crée également, vers la fin du siècle, la Fondation Henri Lemoine qui organise des cours gratuits de dessins et modèles ainsi que des concours à l'École spéciale du Patronage des Enfants de l'Ébénisterie. À la hauteur de ses prédécesseurs, Henri Lemoine est un fournisseur breveté de l'empereur Napoléon III. En 1893, l'entreprise est finalement absorbée par Charles Jeanselme.
Bibliographie :
Denise Ledoux-Lebard, Les Ébénistes parisiens du XIXe siècle (1795-1870). Leurs œuvres et leurs marques, Paris, F. de Nobele, 1965.
Auguste Luchet, « Les meubles de M. Lemoine » dans Le Monde illustré, 10 août 1867, p. 91 et 94.
Informations
Prix: sur demande
Objets recommandés :
Dimensions
Largeur : 122
Hauteur: 344
Profondeur : 65
Dimensions
Largeur : 290
Hauteur: 87
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Largeur : 275
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Largeur : 107
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Largeur : 120
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Largeur : 279
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Profondeur : 155
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Largeur : 53
Hauteur: 138
Profondeur : 34
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Largeur : 72
Hauteur: -1190
Profondeur : 42
Dimensions
Largeur : 141
Hauteur: 73
Profondeur : 70
Dimensions
Hauteur: 228
Diameter: 88
Dimensions
Largeur : 130
Hauteur: 182
Profondeur : 24
Dimensions
Largeur : 78
Hauteur: 186
Profondeur : 47














