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Installée à Longwy, en Meurthe-et-Moselle, la manufacture de Longwy est fondée en 1798. Elle s'est fait connaître d'abord par ses faïences fines de table, puis, à partir des années 1870, par ses émaux cloisonnés sur faïence, inspirés des cloisonnés d'Extrême-Orient, aux noirs profonds et aux bleus intenses. Le XXe siècle y ajoute une veine Art déco très recherchée. Plus de deux siècles après sa création, le nom de Longwy désigne encore une production d'émaux lorrains.

Les débuts : Régnier, Nothomb et la famille Boch (1798-1835)

La manufacture est fondée en 1798 par Charles Régnier dans un ancien couvent de carmélites devenu bien national. La production se limite alors à des pièces classiques, notamment des services de table. L'activité s'interrompt vers 1814-1815, pendant les guerres napoléoniennes et le siège de la ville.

En 1816, Régnier vend l'affaire à Jean-Antoine de Nothomb, ancien colonel de cuirassiers, marié à Marie-Catherine Boch. Son beau-père, Pierre-Joseph Boch, possède déjà les faïenceries d'Audun-le-Tiche et de Septfontaines. Nothomb développe la commercialisation, de nouvelles pâtes et un émail au blanc fin. Il meurt en 1835.

Les d'Huart (1832-1866 et après)

Henri-Joseph d'Huart, qui a épousé en 1832 Marie-Catherine Nothomb, dirige ensuite la manufacture. Il en modernise les ateliers (fours à coke), met au point une nouvelle glaçure et adopte l'impression sur faïence. La période est riche en médailles obtenues aux expositions de Paris et de province. En 1866, il transmet l'entreprise à ses fils Fernand et Hippolyte, qui font figurer leurs armoiries, des feuilles de houx, au dos des pièces.

La naissance des émaux (vers 1870-1873)

Pour répondre à la vogue des cloisonnés d'Extrême-Orient, les frères d'Huart cherchent à transposer cette technique sur la faïence. Le principe est celui du cerné : un trait noir en relief sépare les plages de couleur, que l'on remplit d'émaux vifs, un peu comme les cloisons d'un émail cloisonné. Les premiers essais de cerné noir imprimé datent de 1873.

L'histoire du procédé reste discutée. Le céramiste Amédée de Caranza, qui a travaillé pour plusieurs manufactures françaises, est souvent associé à ces débuts, mais sa présence à Longwy n'est pas formellement prouvée. D'autres sources attribuent la mise au point à Charles Longuet, collaborateur de Théodore Deck.

Un répertoire exotique

À partir de 1885 environ, la manufacture crée de nombreux décors d'inspiration chinoise, japonaise, persane, égyptienne ou de goût iznik. Parmi eux figure le décor de fleurs de pommier sur fond bleu céruléen, toujours produit. D'autres techniques s'ajoutent : majolique, brocatelle, grand feu, flammé. Des artistes sont appelés à collaborer, parmi lesquels Charles Rudhart, Aristide Croisy, Ernest Quost, Louis Ernie (émaux en bleu de Sèvres) et Paul Émile Morlon. Une fontaine de goût iznik, présentée à l'Exposition universelle de 1878, est conservée au musée municipal.

L'Art déco et l'atelier Primavera

À partir de 1918, l'Art déco ouvre à la manufacture de nouvelles voies, notamment grâce à l'atelier Primavera des magasins du Printemps. Claude Lévy, Jean Luce, Jean Olin et Raymond Chevallier collaborent avec Longwy. La participation à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 marque le sommet de cette période. Les formes géométriques, les animaux stylisés et les palettes contrastées de ces années font aujourd'hui l'objet d'un vif intérêt.

Les marques

Au dos des pièces des frères d'Huart figurent des armoiries aux feuilles de houx. Les cachets de la manufacture ont ensuite varié au fil des périodes ; Dominique Dreyfus en a dressé l'inventaire dans Longwy, les marques et les signatures.

Le XXe siècle : crises et reprises

La crise de 1929-1931 réduit l'activité, qui s'arrête en 1939 avec l'exode. Elle reprend en 1945 avec environ deux cent cinquante ouvriers, sous la direction artistique de Maurice Paul Chevallier, aidé de Paul Mignon ; les services de table sont abandonnés dans les années 1950. Après des difficultés, la faïencerie dépose son bilan en 1976. La ville achète alors une grande partie des collections dispersées (1975-1977) pour constituer son musée municipal des émaux et faïences.

La production historique continue ensuite sous plusieurs propriétaires : Dadoun et Treussard, puis Daniel Curetti à partir de 1983, la famille Kostka à partir de 1991. À la suite d'un redressement judiciaire, le groupe Emblem reprend l'activité, qui poursuit sous le nom de Manufacture des émaux de Longwy 1798, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Plusieurs ateliers indépendants perpétuent par ailleurs la tradition des émaux de Longwy.

À voir également

La Faïencerie de Gien — La manufacture de Choisy-le-Roi — La faïencerie de Rubelles — L'Art nouveau — L'Exposition Universelle de 1900

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Bibliographie

Studies

Dominique DREYFUS, Émaux de Longwy, Paris, Massin.

Dominique DREYFUS, Faïences de Longwy, Paris, Massin.

Dominique DREYFUS, Longwy, les marques et les signatures.

Jacques G. PEIFFER, 1798-1998, Longwy, Faïences et Émaux de Longwy, Metz, Serpenoise.

Jacques G. PEIFFER, Émaux, d'Istanbul à Longwy, G. Klopp.

Philippe OLAND, Les Émaux à Longwy : leur histoire, les plus belles pièces de collection, Dijon, Faton.

André LUKASZEWSKI, Faïences de Longwy. Les services de table 1798-1970, 3 vols., 2002.

Online sources

"Faïenceries et émaux de Longwy", Wikipedia.

Homo Faber, entry "Émaux de Longwy", homofaber.com.

Manufacture de Longwy, vase a decor emaille cloisonne, fin XIXe siecle.
Manufacture de Longwy, piece au decor de fleurs de pommier sur fond bleu celeste.
Atelier Primavera / Longwy, vase Art deco, vers 1925.
Marque ou cachet au revers d'une piece.
Fontaine de gout iznik presentee a l'Exposition universelle de 1878